Dîner-hommage du Forum des politiques publiques

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Allocution de l'honorable Kevin G. Lynch

Le 24 septembre 2009
Ottawa (Ontario)


Quel auditoire remarquable, ce rassemblement de personnes de tous les secteurs, affaires, politique, fonction publique, universités, syndicats et société civile, de partout au Canada. J'ai peine à trouver les mots pour vous exprimer toute ma gratitude.

Merci, Paul (Tellier), pour ces bons mots, qui me touchent particulièrement parce qu'ils viennent d'une personne qui comprend en profondeur le rôle et la vie des hauts fonctionnaires, et les fonctions du greffier.

Merci à tous ceux qui, ce soir, ont offert leurs généreuses interventions, leurs souvenirs peut-être un peu exagérés, et leurs aimables souhaits. Comme Yogi Berra a déjà dit, « la moitié de leurs mensonges ne sont même pas vrais ». Les personnes qui ont pris la parole ce soir sont tous des leaders politiques, des chefs d'entreprise, des universitaires et des fonctionnaires exceptionnels, et c'est un honneur et un privilège pour moi d'avoir travaillé avec vous tout au long de ma carrière, à améliorer nos politiques publiques et à faire ma part pour que le Canada soit toujours un exemple de réussite.

Le Premier ministre Harper a fait preuve d'une grande confiance envers moi, et envers notre fonction publique fédérale, lorsqu'il a nommé à titre de 20e greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet quelqu'un de l'intérieur, qu'il ne connaissait pas, et avec qui il n'avait jamais travaillé. Les trois dernières années et demie ont vu une combinaison d'événements assez remarquables : un nouveau gouvernement, un parlement minoritaire souvent très animé, la guerre en Afghanistan, les problèmes de sécurité mondiaux, la nouvelle administration aux États-Unis, la crise financière mondiale et une récession internationale. Il a été fascinant de travailler avec M. Harper pendant toute cette période, et je lui suis reconnaissant de l'appui qu'il m'a toujours témoigné.

C'est le Premier ministre Chrétien qui m'a nommé à mon premier poste de sous-ministre, à Industrie Canada, en 1995 et qui m'a ensuite nommé sous-ministre des Finances en 2000. Je vous remercie de votre présence ce soir, de votre généreuse intervention et du soutien que vous avez donné aux diverses politiques auxquelles j'ai travaillé comme sous-ministre de l'Industrie et des Finances.

Je me souviens comme si c'était hier de ma première rencontre avec le Premier ministre Chrétien après ma nomination comme sous-ministre des Finances. Le Cabinet du Premier ministre m'avait appelé et dit que le PM voulait me voir dans l'après-midi pour discuter de La revue financière. Alors, en bon fonctionnaire, j'ai immédiatement demandé un breffage avec l'équipe des Finances, en me demandant ce qui posait problème dans La revue financière, et pourquoi le Premier ministre du Canada voulait m'en parler si urgemment. J'ai reçu un breffage très complet, mais personne ne pouvait dénicher le moindre problème sérieux. Mon équipe m'a donc conseillé, au cas où je n'aurais pas de réponse à une question précise, de répondre que des « facteurs spéciaux » étaient en cause.

Je me suis donc présenté au Cabinet du Premier ministre à l'heure convenue, on m'a fait entrer, et c'est alors que j'ai constaté, avec beaucoup de nervosité, que personne d'autre n'avait été invité à la rencontre : une seule chaise était en effet placée devant le grand pupitre du Premier ministre. En plein milieu du pupitre, sans rien autour, se trouvait La revue financière. Le Premier ministre a immédiatement ouvert la revue à la page incriminante, il a pointé du doigt le montant consacré au service de la dette, et m'a dit d'une voix qui me semblait bien forte : « Monsieur Lynch, cette revue-là nous dit que nos paiements d'intérêts augmentent, alors que notre dette diminue. C'est difficile à comprendre, et c'est encore plus difficile à expliquer à la population. C'est quoi l'explication? ». Après un moment de silence, et alors que je m'apprêtais à y aller de ma meilleure réponse d'économiste, M. Chrétien a lancé : « Et ne venez pas me dire que c'est à cause des facteurs spéciaux! ». J'ai donc beaucoup appris à cette première rencontre.

Frank McKenna, qui, en tant que Premier ministre du Nouveau-Brunswick, ambassadeur du Canada aux États-Unis ou leader de la communauté d'affaires, a toujours beaucoup cru dans la valeur et l'importance d'une fonction publique forte, professionnelle et impartiale. Tout comme le Forum des politiques publiques, il croit fermement dans l'importance pour le Canada d'un dialogue continu entre les leaders des secteurs privé et public, et, ce dont je lui suis très reconnaissant, il joint le geste à la parole.

John Manley, qui a été mon ministre à plusieurs reprises, mon ami pendant de nombreuses années, et avec qui j'ai longtemps collaboré à Industrie Canada, à plusieurs politiques dont je suis très fier, dont le renforcement de notre capacité de recherche universitaire au Canada, la promotion de l'innovation et de l'économie du savoir, et le positionnement du Canada à l'avant-garde de la révolution des communications dans les années 1990.

Don Mazankowski, qui a inspiré une génération de fonctionnaires par ses valeurs, son dévouement au pays, sa capacité de dégager un consensus sur les décisions les plus ardues, et son respect pour tous ses collaborateurs.

Heather Munroe-Blum, qui exemplifie, comme Indira Samaraskera et Robert LaCroix, l'importance des universités et du leadership universitaire dans le domaine si compétitif de la recherche mondiale, domaine où le Canada doit rivaliser au chapitre de l'innovation, du recrutement des spécialistes et de la création des produits de demain. Heather, Indira et Robert, ainsi que Rob Pritchard et Martha Piper avant eux, ont beaucoup fait pour que la recherche, le développement et l'innovation deviennent les priorités publiques qu'ils méritent d'être.

Mike Lazaridis et Jacques Lamarre, qui ont prouvé que le Canada et les Canadiens et Canadiennes peuvent fonder des entreprises de calibre mondial avec les technologies et le savoir-faire de chez nous. Ces deux hommes insistent sur l'excellence, respectent la valeur d'une fonction publique professionnelle, et comprennent que l'efficacité des politiques publiques est essentielle, dans le contexte de la mondialisation, à notre succès à l'étranger et ici même au pays.

Eddie Goldenberg, un très bon ami, qui a toujours reconnu à quel point il est nécessaire de donner à la fonction publique les moyens d'exécuter des politiques publiques de qualité, et qui, pendant de nombreuses années, a travaillé avec de nombreux hauts fonctionnaires, toujours de manière agréable et productive, et dans le respect des différents rôles du personnel politique et des fonctionnaires. (Eddie essaie de se faire pardonner ce soir l'anecdote qu'il raconte dans son livre, comme quoi ma décision de conduire ma fille à l'université, et mon absence subséquente, auraient eu un impact sur le coût fiscal de l'entente sur les soins de santé.)

Ian Brodie, avec qui j'ai eu le privilège de travailler lorsqu'il était chef de Cabinet du PM, a fait preuve d'une fine compréhension des rôles et responsabilités institutionnels, et de l'importance de tisser des relations de travail efficaces et respectueuses entre le nouveau gouvernement et la fonction publique. Je lui souhaite du succès dans ses nouvelles fonctions.

Deux extraordinaires collègues de la fonction publique. David Dodge, dont la carrière est un modèle absolu de leadership public, et qui est rien de moins que l'un des meilleurs fonctionnaires de l'histoire du Canada. Wayne Wouters, le nouveau greffier du Conseil privé, qui possède la sagesse, l'expérience, l'intégrité et la confiance nécessaires pour diriger la fonction publique du Canada. Nous pouvons nous considérer chanceux d'avoir Wayne comme leader.

Enfin, je veux remercier le Forum des politiques publiques, son dynamique président-directeur général, David Mitchell, et le président du conseil d'administration, David Brown, d'avoir organisé le dîner de ce soir, avec leurs commanditaires. C'est une soirée extraordinaire, pour ma famille et moi évidemment, mais aussi pour l'ensemble de la fonction publique et des fonctionnaires. La plupart des fonctionnaires se consacrent avec dévouement à leur travail et sont passionnés pour le Canada. Churchill a un jour dit que « les montagnes inspirent les hommes, mais ce sont les vallées qui les forment ». Tous les leaders de la fonction publique présents ici savent d'expérience qu'il disait vrai.

En guise de mot de départ, j'aimerais vous présenter deux observations au sujet de la fonction publique. Tout d'abord, son importance. J'estime qu'il y a une étroite corrélation entre de saines politiques publiques et une fonction publique excellente. Comme l'a mentionné Thomas Friedman : « Dans le cadre de la mondialisation, l'un des avantages les plus importants et les plus durables qu'un pays peut avoir aujourd'hui est une fonction publique bien gérée, efficiente et honnête. » Autrement dit, une fonction publique excellente peut faire partie de l'avantage comparatif d'un pays.

La fonction publique est capable d'adopter une perspective à long terme des défis que devra relever le pays, et peut compter sur sa capacité analytique pour procurer au gouvernement une gamme complète d'options stratégiques. L'expérience du Canada a été que les valeurs démocratiques, la recherche du bien public, le professionnalisme, l'impartialité politique et le dévouement sont des aspects qui caractérisent notre fonction publique et qui soutiennent son rôle d'institution nationale fondamentale. C'est la raison pour laquelle le renouvellement de la fonction publique est à ce point essentiel. Il faut attirer la prochaine génération de dirigeants et les maintenir en poste. Il faut veiller à ce que le Canada conserve une fonction publique forte, axée sur l'excellence et prête à relever les défis de demain.

Deuxièmement, l'importance des interactions entre le secteur privé et la fonction publique. Votre soutien, votre participation et votre rétroaction sont des éléments essentiels au développement d'une fonction publique excellente et à l'élaboration de saines politiques publiques. Les succès du Canada dépendront de notre agilité, de notre flexibilité et de notre capacité d'apprendre des autres et d'appliquer au Canada les pratiques exemplaires internationales, mais aussi de notre volonté de mettre en œuvre à long terme, et au moment opportun, les bonnes politiques publiques. Pour connaître du succès au pays, il faut adopter une optique planétaire.

Pour ce faire, il faudra que les rapports entre les secteurs privé et public soient approfondis. Les saines politiques publiques ne sont pas le fruit du hasard, elle découlent d'un dialogue constructif entre les différents ordres de gouvernement (tant le milieu politique que la fonction publique) et la collectivité canadienne dans son ensemble, dont le milieu des affaires et le secteur non gouvernemental.

Le Canada est un pays à la fois grand, diversifié et complexe. Il faut éviter de voir les choses uniquement dans une perspective régionale ou de faire preuve d'étroitesse d'esprit. Il faut être à l'écoute des gens, rester en contact et tenter de comprendre les grands défis ainsi que les compromis inhérents aux politiques publiques saines et viables. Certes, il est parfois difficile de cerner les complexités, de comprendre les points de vue divergents et de dégager des consensus, mais, ce sont des aspects fondamentaux qui permettent de trouver les meilleures solutions en termes de politiques publiques.

J'aimerais conclure en remerciant la fonction publique du Canada de m'avoir offert des possibilités extraordinaires pendant ma carrière ainsi que des chances uniques de faire une différence pour le pays que j'ai servi pendant 33 ans.

Les postes que j'ai occupés, qu'il s'agisse de sous-ministre de l'Industrie, de sous-ministre des Finances ou de greffier, m'ont permis de faire des rencontres extraordinaires avec des Canadiens et Canadiennes d'un bout à l'autre du pays, d'interagir avec des leaders mondiaux et de vivre l'histoire à mesure qu'elle s'écrivait. Mes deux longs voyages en Afghanistan m'ont marqué profondément. Mes visites dans le Nord canadien m'ont fait prendre conscience de la réalité unique et spéciale d'un pays nordique comme le nôtre. Le temps passé en compagnie de membres de nos Forces canadiennes m'a donné une chance incroyable de comprendre le sens réel du dévouement profond envers son pays. Mon séjour à New York après la crise financière m'a confirmé que les politiques publiques que nous avons choisies au Canada ont eu un réel effet bénéfique.

Mais surtout, ma carrière dans la fonction publique me permet de croire avec optimisme que peu importe les défis, les Canadiens et Canadiennes parviendront à les surmonter en travaillant ensemble, et que notre grand pays continuera de prospérer et d'inspirer le monde.

Merci beaucoup à tous.