77e conférence annuelle de Couchiching : mondialisation, savoir et compétitivité

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Par Kevin G. Lynch
Greffier du Conseil privé, secrétaire du Cabinet et chef de la fonction publique

Le 8 août 2008
Couchiching (Ontario)

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Introduction

Je vous remercie de votre aimable invitation à participer à la Conférence de Couchiching de 2008. Il s'agit d'un honneur pour tout amateur de débats sur les politiques publiques. Avec sa riche histoire, ce cadre unique et l'envergure sans précédent des sujets d'actualité qu'elle a traités au cours de ses 77 ans, cette conférence revêt à cet égard une importance indéniable.

Le thème de la conférence de cette année, « le pouvoir du savoir : la nouvelle devise mondiale », touche l'un des faits nouveaux les plus fondamentaux de notre époque. Comme le souligne le programme, « cette explosion du savoir transforme la nature de l'économie mondiale, de la politique, de la vie matérielle, du travail et de nos modes d'interaction ». Je suis d'accord avec cette idée, mais certains irréductibles n'y voient rien de nouveau et affirment que, si l'on posait la question aux Romains de l'Antiquité, eux aussi vanteraient probablement les effets transformateurs du savoir, du commerce, de l'investissement et des migrations, que les contemporains de la révolution industrielle ont constaté des changements tout aussi profonds, et que l'essor des États-Unis au début du XXe siècle a complètement métamorphosé l'économie et le pouvoir mondiaux. En fait, ils partageraient peut-être davantage le sentiment de Yogi Berra, qui a observé un jour que « l'avenir n'est plus ce qu'il était ».  

Peut-être, mais ce qui est différent aujourd'hui, c'est l'importance, l'envergure et le rythme du changement : la vitesse de génération du savoir, la généralisation et la profondeur de la mondialisation, et les effets multiplicateurs uniques des TIC (technologies de l'information et des communications). La richesse moderne des nations procède désormais non seulement du capital physique et du capital humain, mais encore, dans une mesure jamais vue auparavant, du capital intellectuel et de l'interaction dynamique que l'on appelle innovation. Dans le monde d'aujourd'hui, les nouveaux concurrents du Canada sont susceptibles de venir autant de Shanghai ou de Hanoi que de la Nouvelle-Angleterre ou du Michigan, les percées du savoir peuvent tout aussi bien provenir d'Helsinki ou de Singapour que d'Oxford ou du MIT, et nous en serons probablement informés par Internet avant que les revues, les journaux ou la télévision n'en fassent état.

En un mot, les temps changent. Comme le fait remarquer Fareed Zakaria dans son livre, « The Post-American World », ces facteurs ont favorisé et propulsé « l'essor du reste ». Et « le reste » n'est plus seulement de second niveau : le plus haut édifice du monde se trouve à Dubai, et non pas aux États-Unis ou en Europe; le plus grand centre commercial du monde est à Beijing, et non à Chicago; la plus grande industrie du cinéma est Bollywood, et non plus Hollywood; la

plus importante société cotée en bourse est chinoise, et non pas européenne ou américaine; et la personne la plus riche au monde est mexicaine. Sur le plan économique au moins, nous vivons dans un monde de plus en plus multipolaire.

Le Groupe d'étude sur les politiques en matière de concurrence, présidé par Monsieur L.R. Wilson, fait une observation semblable d'un point de vue plus canadien dans son rapport, « Foncer pour gagner » : « La nouvelle économie mondiale exige que le Canada demeure au fait du changement et adopte une attitude mondiale ouverte aux échanges bidirectionnels en matière de commerce, d'investissements et de talents. La réussite économique du Canada sera déterminée par la mesure dans laquelle le pays arrivera à composer avec les forces économiques, sociales et politiques qui sous-tendent la mondialisation ».

Canada @ 150

À la fonction publique du Canada, nous avons lancé récemment, dans le cadre de notre programme de renouvellement, une initiative intitulée « Canada @ 150 ». Celle-ci réunit 150 de nos jeunes fonctionnaires les plus talentueux à qui l'on demande de réfléchir, au cours de la prochaine année, à ce que sera le Canada en 2017, lorsqu'il célébrera sont 150e anniversaire. Il leur a été demandé d'explorer la nature des défis et des possibilités qui seront présentés au Canada d'ici à 2017. Ils adopteront instinctivement une perspective mondiale et multiculturelle; ils constitueront des réseaux non hiérarchiques et non structurels; ils extrapoleront plutôt qu'ils n'interpoleront, et l'on ne trouvera sur leurs bureaux ni stylo, ni papier, ni téléphone.

Et nous, aujourd'hui, où voyons-nous le Canada à 150 ans dans cette économie mondiale dynamique axée sur le savoir ? Comment se comparera-t-il au Canada à 100 ans, ou à celui d'aujourd'hui? Le statu quo est-il un bon présage de notre avenir, ou décrit-il mieux notre passé? Plusieurs bonnes questions, peu de réponses concluantes et beaucoup d'analyses sont nécessaires. Pour citer de nouveau Yogi Berra, « il est difficile de faire des prévisions, surtout au sujet de l'avenir ». Cela est vrai, mais c'est une chose d'être surpris par des événements inattendus, et une autre de ne pas voir des tendances manifestes.

Tendances mondiales à ne pas négliger

Quelles sont ces tendances ? La mondialisation généralisée a modifié la nature des marchés de capitaux, de biens et services, et d'information. Les marchés mondiaux de capitaux fonctionnent désormais 24 heures sur 24 tous les jours de la semaine, ce qui réduit les coûts d'emprunt mondiaux et accroît les rendements mondiaux pour les prêteurs. Mais, comme les conséquences de l'effondrement du marché américain des hypothèques à risque élevé l'ont amplement montré, une erreur de calcul des risques sur un marché national peut avoir des répercussions mondiales. Sur les bons marchés, les chaînes d'approvisionnement mondiales dominent maintenant les processus de fabrication, ce qui réduit les coûts des producteurs et abaisse les prix à la consommation. Mais, comme les conséquences des récents rappels de produits l'ont montré, si les normes de contrôle de la qualité de la chaîne d'approvisionnement ne sont pas uniformes et transparentes, les produits peuvent comporter plus de risques que ne le croient les consommateurs, ce qui réduit la confiance dans les marques et même dans les marchés. Des marchés d'information mondiaux sont maintenant apparus, grâce à la puissance grandissante des puces électroniques, à la dégringolade des coûts de la largeur de bande, et à l'Internet. Mais la capacité de transformation du marché de l'information mondial en temps réel s'est accompagnée des défis présentés par la cybercriminalité, la cybersécurité et la cybersouveraineté.

La croissance et le progrès ne sont pas prédéterminés. Si l'innovation a été un moteur important de la croissance du monde industrialisé au cours des récentes décennies, ce sont les réformes économiques instaurées à la fin des années 1980 et au début des années 1990 qui ont propulsé des pays en développement comme l'Inde et la Chine. Ces deux pays ont d'énormes avantages du point de vue du coût unitaire du travail, et leur faible productivité est plus que compensée par de très bas salaires. Ils sont devenus des rouages d'importance capitale dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, ce qui crée une interdépendance mutuelle. L'incidence de « l'essor du reste », en particulier de la Chine, est telle qu'elle a entraîné une redistribution importante du PIB mondial, une modification des schèmes de commerce mondial et une montée des prix des produits de base et de l'énergie à des niveaux records (tableau 1).

Comment cette évolution de la croissance mondiale s'est-elle répercutée sur l'ordre de préséance des pays selon leur taille (tableau 2)? Reportons-nous quelque vingt ans en arrière, en 1987. Le prodige économique était le Japon, dont beaucoup prévoyait qu'il supplanterait bientôt les États-Unis. La Chine commençait tout juste à se faufiler dans les tableaux de cette ligue avec l'Inde et le Brésil, la Russie se retirait petit à petit, et le Canada était membre du G7 et se classait en septième place parmi les grandes économies du monde. Allons maintenant à 1997. Le Japon était alors embourbé dans une stagnation interminable, le Brésil et la Chine gagnaient du terrain, mais celle-ci n'avait pas encore commencé à galoper, la Russie s'était retirée, et le Canada était passé au neuvième rang. Revenons à 2008 : les États-Unis dominent toujours l'économie mondiale; l'économie de la Chine se classe en quatrième place et gagne rapidement du terrain sur l'Allemagne; l'Inde, le Brésil et l'Espagne sont parmi les douze premiers pays; la Russie est de retour, et le Canada se classe toujours neuvième parmi les plus grandes économies du monde.

Est-ce que cela indique un déclin inévitable de la compétitivité occidentale ? Pas du tout. Prenons le cas de l'iPod, qui est maintenant assemblé en Chine et qui constitue pour certains la preuve indéniable de la domination croissante de la Chine dans le secteur des produits techniquement avancés. L'iPod est certainement l'un de ces produits, mais, comme le montre le tableau 3, l'assemblage par les Chinois représente seulement 10 % du prix de vente final, l'innovation en représente 40 %, et la distribution et les ventes au détail, 50 %. Autrement dit, la majeure partie de la valeur de l'iPod vient de l'idée, de la conception et de la commercialisation. Cela souligne l'importance de la R-D, du travail très spécialisé, de la prise de risque et de l'innovation en tant que moteurs réels de la valeur, indépendamment de l'importance de la chaîne d'approvisionnement mondiale dans la production d'un bien.  

Fait intéressant, la Chine et l'Inde comprennent toutes deux que leur défi consiste non pas à maintenir les salaires à un bas niveau, mais à améliorer la qualité. Elles investissent dans le savoir. En 1985, seulement 234 diplômés d'universités chinoises avaient obtenu un doctorat; en 1995, la Chine avait produit le même nombre de titulaires de doctorat que le Canada (4 000); aujourd'hui, elle décerne près de 30 000 doctorats, soit plus que la moitié du total annuel des États-Unis, et l'écart se rétrécit. Les pays qui ne sont pas membres de l'OCDE jouent maintenant un rôle croissant en matière de science et d'innovation dans le monde (voir le tableau 4).

Heureusement, la taille et la richesse ne sont pas nécessairement les deux côtés d'une même médaille. Si les États-Unis sont l'économie la plus importante du monde et ses habitants, les plus nantis (après ceux du Luxembourg et de la Norvège), ce qui se dégage clairement de recherches poussées dont ont fait l'objet un grand nombre d'économies, c'est que dans les pays dont la productivité est élevée, on constate aussi une forte concentration des richesses. À cet égard, le Canada est en bonne position, mais il pourrait faire mieux encore en accroissant sa productivité par rapport aux pays les plus performants de l'OCDE.

Le Canada sur la voie de ses 150 ans

Lorsque le Canada aura 150 ans, sa population - en particulier sa répartition et ses origines - sera très différente de ce qu'elle était lorsqu'il a célébré ses 100 ans, sans parler du Canada à 50 ans. La composition démographique modifie le Canada : nous vieillissons; notre diversité ethnique est plus marquée, nous sommes plus nombreux à vivre dans les villes, et des proportions beaucoup plus élevées de Canadiennes sont actives sur le marché du travail et obtiennent des diplômes de nos universités et collèges. En 2017, le Canada aura une population fortement multiculturelle de près de 35 millions d'habitants (plus de 20 % des Canadiens appartiendront aux minorités visibles). Dans deux grandes villes, Toronto et Vancouver, les minorités visibles constitueront alors la majorité.

Combien prospères seront nos enfants lorsque le Canada atteindra ses 150 ans ?  Cela dépend en grande mesure de la croissance de la productivité. Pour un grand nombre de personnes, l'expression croissance de la productivité évoque au mieux un jargon technique obscur et, au pire, la crainte que les travailleurs doivent travailler davantage pour un salaire moindre. Si la première idée est vraie pour presque tous les économistes irréductibles, la seconde ne l'est absolument pas. En fait, la productivité est au cœur des niveaux de vie d'un pays : elle détermine nos gains individuels aussi bien que collectifs.

Or, si les niveaux de productivité sont raisonnablement élevés au Canada aujourd'hui (tableau 5), ils sont nettement inférieurs à ceux des États-Unis, et leur taux de croissance, qui détermine les augmentations annuelles durables des salaires, a été moindre que dans un certain nombre d'autres pays riches de l'OCDE ces dernières années. Cela est important pour chacun et chacune d'entre nous : nos niveaux de vie sont inférieurs à ceux des États-Unis (17 % selon les mesures communes), ce qui oblige les ménages canadiens à faire certains choix (tableau 6). 

Pour l'avenir, le défi du Canada consistera à augmenter la croissance de sa productivité dans le contexte difficile de l'économie mondiale d'aujourd'hui très compétitive et fortement axée sur le savoir. Il est certainement nécessaire de bien établir les fondements macroéconomiques et, à cet égard, le Canada fait bonne figure (tableau 7), ayant la dette la plus basse et le seul excédent budgétaire soutenu de tous les pays du G7, ainsi qu'un taux d'imposition des sociétés moins élevé qu'aux Etats-Unis.

Mais, pour « gagner » sur ce marché qui fait fortement appel au savoir, il faut être à la fine pointe de l'innovation en termes de produits et de processus; il faut une main-d'œuvre bien instruite; il faut une collectivité d'entrepreneurs qui prennent des risques; il faut des modèles nouveaux et meilleurs d'interaction entre les chercheurs des universités canadiennes et le secteur privé (p. ex., MaRS). Le Canada présente des points forts comme des faiblesses à cet égard (tableau 8), en particulier des taux d'instruction postsecondaire élevés, mais de faibles niveaux d'investissement dans le domaine de l'innovation de la part des entreprises. Nos entreprises manufacturières ne sont pas toujours à la fine pointe de la technologie et elles sont confrontées à des concurrents redoutables dans le secteur des produits et services de faible technologie (tableau 9). Dans l'ensemble, un secteur des affaires dynamique se caractérise par le changement, et non par la constance, et une façon non scientifique de mesurer ce dynamisme consiste à examiner quelles entreprises sont en hausse et lesquelles sont en baisse sur le marché boursier (tableau 10). La majorité des entreprises de premier plan du point de vue de la capitalisation boursière au Canada aujourd'hui se trouvent soit dans le secteur des ressources naturelles, soit dans celui des services financiers. 

La fonction publique du Canada à 140 ans

Au risque d'être accusé de préjugé, je crois que le succès du Canada à 150 ans dépendra de la qualité et de la force de sa fonction publique, qui est sur le point d'atteindre ses 140 ans. Comme Thomas Friedman a si bien résumé la situation, « dans le cadre de la mondialisation, l'un des avantages compétitifs les plus importants et les plus durables qu'un pays peut avoir aujourd'hui consiste à disposer d'une fonction publique de petite taille, efficace et honnête ». Le Comité consultatif sur la fonction publique mis en place par le Premier ministre a exprimé la même opinion dans les termes suivants : « une fonction publique efficace et fondée sur des valeurs est essentielle à la prospérité de tous les pays dans le monde complexe et interconnecté d'aujourd'hui. En tant qu'institution nationale, une fonction publique de haute qualité, fondée sur le mérite, fait partie de l'avantage comparatif du Canada et est un facteur de compétitivité déterminant dans l'économie mondiale ».

Le Canada est depuis longtemps servi par une fonction publique impartiale, professionnelle et compétente. Néanmoins, il semble exister aujourd'hui un scepticisme croissant et des discours de plus en plus négatifs à l'égard de nos institutions, dont la fonction publique. La réalité est que la fonction publique n'est ni parfaite ni brisée. La réalité est que, comme le reste du Canada, elle est sans cesse pressée de s'adapter à un monde en évolution constante. La réalité est que la fonction publique est confrontée à un renouvellement d'une importance sans pareille depuis les années 1970 reflétant principalement notre composition démographique. Ce changement reflète aussi la transformation de notre travail, et fait appel à un nombre croissant de travailleurs intellectuels qui comprennent le contexte mondial de l'élaboration des politiques publiques.

La composition démographique de la fonction publique fait qu'un énorme changement massif est inévitable. À la fin des années 1990, pour la première fois de son histoire, la fonction publique comptait plus d'employés âgés de 45 ans et plus que d'employés plus jeunes. Le vieillissement est évident dans tous nos rangs : l'âge moyen de nos sous-ministres adjoints frôle 55 ans, âge auquel de nombreux fonctionnaires sont admissibles à une pension; près de 50 % des cadres de direction pourront prendre leur retraite d'ici à 2012, et au moins 25 % de tous les fonctionnaires pourront faire de même dans quatre ans (tableau 11).

Ce renouvellement est d'autant plus problématique que le marché du travail national est le plus solide depuis plus de 35 ans, que de nombreux employeurs du secteur privé nous font concurrence pour recruter les diplômés les meilleurs et les plus talentueux de nos universités et collèges, que l'image de marque de la fonction publique est affaiblie, et que ses pratiques de recrutement sont devenues moins qu'excellentes. D'autre part, l'efficacité de la fonction publique a augmenté au cours des 25 dernières années, la population canadienne et les dépenses réelles du gouvernement se sont accrues de 30 %, et la taille du secteur public est restée en grande partie la même (tableau 12), mais notre recours à la technologie pour fournir les services publics a généralement laissé à désirer par rapport à la pratique exemplaire du secteur privé. 

Le renouvellement présente par ailleurs l'occasion d'intéresser les meilleurs éléments de la prochaine génération de Canadiens aux possibilités offertes par la fonction publique, de remodeler celle-ci de manière à mieux refléter la diversité de notre pays et de lui insuffler des idées et une énergie nouvelles.

Notre outil de recrutement le plus percutant est la nature unique de notre travail. Être fonctionnaire, c'est faire un travail qui a des incidences importantes sur la vie des Canadiens. C'est faire un travail dont la portée permet de toucher à de nombreuses questions d'importance publique différentes au cours d'une carrière. C'est servir l'intérêt public, et non pas celui d'une entreprise. C'est faire partie de l'institution la plus complexe du Canada, qui compte plus de points de service et de secteurs d'activité d'un bout à l'autre du pays et ailleurs dans le monde que n'importe quelle autre institution. C'est épouser des valeurs, s'engager personnellement et retirer une satisfaction professionnelle du sentiment de faire œuvre utile pour sa collectivité, pour son pays et pour le monde.

Conclusion

L'essentiel de tout cela est l'importance, la portée et la rapidité exceptionnelles des changements qui touchent non seulement le Canada, mais la collectivité mondiale tout entière. Le défi à relever réside dans la façon dont nous réagirons à ce phénomène: dans notre fonction publique, dans notre secteur privé, dans nos universités et collèges, et dans nos politiques publiques. 

Dans un monde où les changements s'effectuent à un rythme effréné, l'agilité, la souplesse et la connectivité sont des atouts, et les pays de taille moyenne comme le Canada ont peut-être un avantage non soupçonné. La concurrence est une affaire de mentalité autant que de structures et de politiques. Dans un récent discours, Monsieur L.R. Wilson (président du Groupe d'étude sur les politiques en matière de concurrence) nous a lancé à tous le défi suivant : « … nous croyons que le Canada doit intensifier ses efforts pour devenir plus compétitif, tant ici qu'à l'étranger. Dans l'économie mondiale, le rythme de la concurrence s'est accéléré, et nos concurrents deviennent plus prospères. Comme pays, nous devons nous positionner de manière à faire plus de gains sur ce nouveau marché mondial ».  

Comment pouvons-nous créer les conditions optimales qui permettront au Canada de « foncer pour gagner », dans l'univers axé sur le savoir et compétitif où nous nous trouvons, et où nos enfants devront faire leur chemin? Le rapport du Groupe d'étude sur les politiques en matière de concurrence invite les secteurs public et privé à l'action au moyen d'idées et d'opinions nouvelles. Deux initiatives récentes du gouvernement du Canada, soit Avantage Canada et la Stratégie des sciences et de la technologie, établissent un plan général pour une approche à long terme de l'innovation et de la compétitivité. Cinq aspects de ce plan méritent d'être soulignés : 

  • Premièrement, le cadre macroéconomique est important. Un faible taux d'inflation, une dette peu élevée et un contexte macroéconomique équilibré sur le plan financier suscitent de bonnes politiques microéconomiques et des stratégies d'entreprise solides.
  • Deuxièmement, le modèle est important. L'innovation doit  être de plus en plus un moteur fondamental des augmentations de la croissance de notre productivité. Pour  être durable, l'innovation doit  être complétée par une insistance sur la qualification de plus en plus grande de notre main-d'oeuvre. « L'accélérateur suprême de la croissance de toute grande entreprise n'est pas les marchés, ni la technologie, ni les concurrents, ni les produits. C'est, par-dessus tout, la capacité d'attirer et de retenir un nombre suffisant de bons collaborateurs. »   (Jim Collins, auteur de « Good to Great »).
  • Troisièmement, la participation du secteur privé est importante. Le Canada est une économie axée sur le marché, et l'immense majorité des gains de productivité doit provenir des investissements du secteur privé dans l'innovation. Les sciences et la technologie financées par les fonds publiques doivent  être mieux commercialisées et contribuer ainsi davantage   la richesse et   la création d'emplois au Canada. 
  • Quatrièmement, la concentration et la masse critique sont importantes. Nous devons déterminer plus clairement les avantages comparatifs du Canada et les exploiter. Un pays de taille moyenne qui tente d'être un chef de file en tout risque de ne l'être finalement en rien.
  • Cinquièmement, les attitudes sont importantes. Nous devons mettre plus d'accent sur la vitesse et l'agilité, plutôt que sur les processus et les droits. Nous avons besoin de plus de concurrence. Il faut nous concentrer davantage sur l'excellence mondiale en innovation.   propos de l'excellence, Jim Collins (« Good to Great ») fait remarquer que « … ceux qui transforment le bon en quelque chose de meilleur encore sont motivés par une volonté créatrice profonde et par un attrait intérieur irrésistible pour l'excellence pure et simple. Par contraste, ceux qui créent la médiocrité et la perpétuent sont poussés davantage par la crainte d'être laissés pour compte … »
  • Où tout cela nous mène-t-il ? Pour que le Canada à 150 ans soit encore plus prospère et sûr de lui qu'il ne l'était à 100 ans, nous devons saisir toutes les possibilités offertes dans l'univers mondial compétitif et axé sur le savoir, et non pas en avoir peur. Permettez-moi de citer à nouveau, pour conclure, les paroles de ce philosophe du bon sens hors du commun qu'était Yogi Berra : « Si vous ne savez pas où vous allez, vous aboutirez ailleurs. »

Je vous remercie.


Tableau 1 : Les parts du PIB mondial bougent et certains pays en développement font des gains.


Parts du PIB mondial par pays

Parts du PIB mondial par pays

Données en devises internationales constantes de 2005, ajustées pour la parité de pouvoir d'achat.
Source : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde


Tableau 2 : L'évolution des principaux pays du monde... les douze économies les plus performantes.


En fonction du PIB calculé au taux de change actuel
(billions $US)

L'évolution des principaux pays du monde... les douze économies les plus performantes

Source : Fond monétaire international, Perspectives de l'économie mondiale, avril 2008.


Tableau 3 : Chaînes d'approvisionnement mondiales : les pays en développement, dont la Chine et l'Inde, ne sont toujours pas les sites d'une production novatrice à valeur ajoutée.


Chaîne d'ajout de valeur de l'I-Pod

Chaîne d'ajout de valeur de l'I-Pod

Tableau 4 : Malgré la domination du G-8, les pays non-membres de l'OCDE se taillent rapidement une place plus grande en sciences et en innovation mondiales.


Dépenses de R-D en 2005
(les cercles reflètent l'importance des dépenses en milliards USD, PPA)

Dépenses de R-D en 2005

Tableau 5 : Le niveau de vie et la productivité d'un pays vont de pair.


Le niveau de vie et la productivité d'un pays vont de pair

Source :
Le Conference Board et le Groningen Growth and Development Centre, Base de données sur l'ensemble de l'économie, janvier 2008; http://www.conference-board.org/economics/
PIB relatif converti selon le niveau des prix 2007 et les parités de pouvoir d'achat 2005 selon la méthode EKS.


Tableau 6 : La productivité n'est pas qu'un concept, elle compte pour les travailleurs et les familles.


La productivité n'est pas qu'un concept, elle compte pour les travailleurs et les familles

Note : les niveaux de vie sont le PIB réel par habitant converti selon le niveau des prix 2007 et les parités de pouvoir d'achat 2005 selon la méthode EKS. Les prix des voitures proviennent de www.carquotes.ca, le moins cher PDSF plus fret. Les tailles des maisons sont tirées de MacLean's, édition du 19mars 2007, Smaller homes cheaper cars, John Intini.


Tableau 7 : La compétitivité importe et dans l'économie mondiale d'aujourd'hui, être compétitif est un défi constant... environnement macroéconomique.


La compétitivité importe et dans l'économie mondiale d'aujourd'hui, être compétitif est un défi constant... environnement macroéconomique

* Comprend tous les ordres de gouvernement.
** Ajusté pour exclure certaines obligations des régimes de retraite des employés du gouvernement pour faciliter la comparaison avec la mesure de la dette des autres pays.
Sources : Perspectives économiques de l'OCDE, No. 83 (juin 2008); Statistique Canada Comptes du bilan national; calculs du ministère des Finances.


Tableau 8 : La compétitivité importe et dans l'économie mondiale d'aujourd'hui, être compétitif est un défi constant. environnement macroéconomique.


La compétitivité importe et dans l'économie mondiale d'aujourd'hui, être compétitif est un défi constant… environnement macroéconomique

* 22 % pour l'université (6e)
Source : Études de cas de l'OCDE sur l'innovation ouverte, à venir.


Tableau 9 : Pour être compétitif, il ne faut pas perdre de vue son avantage comparatif.


Pour être compétitif, il ne faut pas perdre de vue son avantage comparatif.

Tableau 10 : Les économies compétitives sont dynamiques ce qui favorise le changement.


Principaux titres cotés au TSE/TSX selon la valeur marchande en 1987, 1997 et 2007

1987

1. Bell Enterprises
2. Alcan Aluminum
3. Placer Dome
4. Canadian Pacific Ltée
5. Seagram's
6. Echo Bay Mines
7. Nova Alberta
8. Transalta Utilities
9. Inco Ltée
10. Banque Royale
11. Banque Toronto Dominion
12. Imperial Oil
13. Canadian Tire Corp.
14. Banque de Montréal
15. Laidlaw
15. Moore Corp.
15. Noranda Inc.

1997

1. Northern Telecom Ltd.
2. BCE Inc.
3. The Thomson Corp.
4. Banque Royale du Canada
5. CIBC
6. Banque de Montréal
7. Banque de la Nouvelle-Écosse
8. The Seagram Company Ltd.
9. Banque Toronto Dominion
10. Imperial Oil Ltd.
11. Canadian Pacifique Ltée
12. Imasco Ltée
13. Bombardier Inc.
14. Barrick Gold Corp.
15. Alcan Aluminium Ltée

2007

1. Banque Royale du Canada
2. Research in Motion Ltd.
3. Société financière Manuvie
4. Encana Corp.
5. Banque Toronto-Dominion
6. Suncor Energy Inc.
7. Imperial Oil Ltd.
8. Banque de la Nouvelle-Écosse
9. Potash Corp. of Sask.
10. Canadian Natural Resources Ltd.
11. Husky Energy Inc.
12. Barrick Gold Corp.
13. BCE Inc.
14. Great West, Compagnie d'assurance vie
15. Sun Life Financial Inc.

Tableau 11 : Renouvellement de la fonction publique : les contraintes du changement démographique et de la demande changeante.


La fonction publique a un défi démographique

Âge moyen des fonctionnaires : 44

Âge moyen des EX : 51

Âge moyen des SMA : 54

SMA qui peuvent prendre leur retraite maintenant sans réduction de la pension : 31+%

Cadres (actuels) qui peuvent prendre leur retraite d'ici 2012 sans réduction de la pension : 50%

Fonctionnaires (actuels) qui peuvent prendre leur retraite d'ici 2012 sans réduction de la pension : 25%

 

La fonction publique est le plus important employeur au Canada

Plus important employeur au Canada (255 000 employés)
Employeur le plus présent au Canada (1 600 points de service au Canada)
Employeur canadien le plus présent dans le monde (dans plus de 150 pays)
Effectif le plus multi-disciplinaire au Canada (la plupart des catégories professionnelles avec diplôme universitaire)
Plus, les militaires canadiens (68 000 soldats), les réservistes (25 000) et la GRC (25 000)


Tableau 12 : Tendances de l'économie canadienne, dépenses du gouvernement et fonction publique, 1983-1984 à 2007-2008.


Tendances de l'économie canadienne, dépenses du gouvernement et fonction publique, 1983-1984 à 2007-2008