Réussir dans un univers mondialisé : Le défi et l'opportunité du Canada
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Notes pour une allocution de Kevin G. Lynch,
Greffier du Conseil privé et secrétaire du cabinet
Le 15 novembre 2007
La Richard Ivey School of Business, de l'Université Western of Ontario
London (Ontario)
Introduction
C'est un honneur pour moi d'avoir été invité à présenter la conférence des chefs de file de cette année à la Richard Ivey School of Business, et je vous remercie de m'avoir donné cette chance. Il faut féliciter votre école et le Lawrence Centre for Policy and Management de s'être fixé pour objectif d'être à la fine pointe de la réflexion sur les liens qui unissent les politiques publiques et les stratégies de marketing. C'est précisément dans ce contexte que j'aimerais cibler mes observations, notamment ce que le Canada et les Canadiens devront faire pour réussir dans l'univers très mondialisé dont nous faisons partie intégrante, que nous le voulions ou non.
D'entrée de jeu, il est bon de se rappeler les sages paroles de Yogi Berra qui faisait remarquer: «qu'il est difficile de faire des prédictions, surtout à propos de l'avenir». De la même manière, en abordant un sujet pouvant être si vaste, j'ai à l'esprit les mots plus sages encore d'Albert Einstein, à savoir: «Tout devrait être aussi simple que possible, mais pas plus.» Par-dessus tout, si vous cherchez la sagesse continue dans ces dires, vous devriez apprécier, en tant que membres d'une école de gestion, le dicton selon lequel rien n'est gratuit; or, l'exposé que je vous présente aujourd'hui l'est.
Nous évoluons aujourd'hui dans une économie mondiale qui, certes, nous ouvre grand la porte sur des marchés de plus en plus vastes mais qui nous oblige aussi à rivaliser constamment avec des concurrents de plus en plus nombreux. Comme Tom Friedman l'a observé avec grande perspicacité, si la mondialisation était un sport, elle serait un sprint de cent mètres sans cesse recouru. Dans ce contexte, comment les économies peuvent-elles relever les défis et se positionner avantageusement dans ce monde pour saisir les occasions que la mondialisation leur offre et accroître leur niveau de vie? Pourquoi certains pays, petits ou grands, se détachent-ils du peloton alors que d'autres, qui ont souvent les mêmes fondations, traînent de l'arrière? Que doit-on avoir pour «rester en avance sur son temps»?
Le meilleur point de départ consiste à examiner les répercussions de la mondialisation omniprésente d'aujourd'hui. Maintenant, il semble presqu'un cliché de dire que la mondialisation a changé fondamentalement la façon dont nous menons tous nos affaires, que nous œuvrions dans le secteur public, dans le secteur privé ou dans le domaine de la recherche universitaire, mais c'est un fait qui mérite d'être répété et d'être compris. Aujourd'hui, j'aimerais aborder cinq volets de la mondialisation.
Premièrement, les marchés mondiaux des capitaux fonctionnent maintenant pour ainsi dire 24 heures sur 24, sept jours sur sept, mettant en contact les épargnants et les investisseurs des quatre coins du globe. Dans un monde caractérisé aujourd'hui par de grands déséquilibres des balances courantes, l'envergure des mouvements de marchandises peut être colossale. Les rendements sont arbitrés non seulement entre les secteurs et les régions, mais aussi entre les continents dans une quête incessante de profits. Les marchés mondiaux fournissent une grande profondeur en réduisant le coût du crédit, mais si les renseignements sur les nouveaux instruments financiers manquent de transparence, cela pourrait entraîner une évaluation trompeuse des risques financiers mondiaux.
En outre, on peut à présent sentir, de près comme de loin, les perturbations subies par un pays ou un secteur. Dans les années 90, nous avons pris conscience du phénomène quand des ondes de choc ont frappé des devises qui n'étaient pas des monnaies de réserve, comme le rouble russe, le peso mexicain et le baht thaïlandais, ce qui a eu des conséquences sur le monde entier. Récemment, nous avons vu les effets à l'échelle planétaire des difficultés sur le marché des prêts immobiliers à risque aux États-Unis. Les autorités financières nationales doivent de plus en plus penser mondialement dans les dossiers intérieurs.
Deuxièmement, dans le monde des affaires, les chaînes d'approvisionnement mondiales sont l'équivalent de l'intégration aux marchés mondiaux des capitaux. L'«impartition» dans les années 80 puis la «délocalisation» dans les années 90 sont aujourd'hui des «chaînesd'approvisionnement mondiales» stratégiques. Chaque étape de valeur ajoutée attribuable aux sociétés peut être située de plus en plus partout dans le monde. La forte hausse des exportations en Amérique du Nord reflète la croissance des chaînes d'approvisionnement mondiales liées à des pays des quatre coins de la planète, ce qui réduit les coûts des entreprises nord-américaines et freine la hausse des prix à la consommation. Parallèlement, cela a toutefois soulevé des inquiétudes quant à la qualité et à la sécurité des produits et, comme dans le cas des instruments financiers internationaux, si les renseignements ne sont pas transparents, cela peut entraîner une évaluation trompeuse des risques financiers mondiaux.
Troisièmement, la mondialisation de l'information est peut-être le type de mondialisation le plus phénoménal. Menés par la révolution des TIC dans les années 90, les marchés mondiaux de l'information se sont métamorphosés radicalement. En moins d'une génération, nous sommes passés de la «merveille» des images diffusées à l'échelle planétaire 24heures sur 24, septjours sur sept sur CNN, à des systèmes de collecte et de diffusion instantanées des données comme Bloomberg, puis à des réseaux d'information interconnectés dans le monde entier grâce à Internet et à des moteurs de recherche extraordinairement sophistiqués comme Google qui permettent d'avoir accès facilement à une mine de renseignements, et finalement à des réseaux numériques d'interaction sociale comme YouTube et Facebook. Cette révolution constante du milieu de l'information permet une mondialisation omniprésente sans laquelle les chaînes d'approvisionnement mondiales et les marchés mondiaux des capitaux intégrés ne pourraient exister aujourd'hui. Parallèlement, la densité profonde de l'information personnelle, gouvernementale et sociale contenue dans des réseaux invisibles et des serveurs inconnus aux quatre coins du globe soulève de réelles questions quant à la protection de l'information, au respect de la vie privée et à la sécurité.
Quatrièmement, les préoccupations environnementales se mondialisent rapidement et la nature planétaire des changements climatiques est plus claire, mieux comprise et plus urgente. Ni l'atmosphère qui nous protège, ni les écosystèmes qui nous nourrissent ne sont divisés par des frontières nationales. Compte tenu du fait que la production mondiale de gaz à effet de serre (GES) a augmenté de près de 25% au cours des 15dernières années et que le pays qui en produit le plus à l'heure actuelle est un pays en développement, la Chine, et non un pays développé, les changements climatiques sont clairement un problème d'intérêt international auquel tous les pays doivent réagir, ce à l'échelon national et multilatéral.
Cinquièmement, enfin, il y a la mondialisation de l'insécurité. Les outils qui ont créé les avantages de la mondialisation peuvent aussi être exploités à des fins moins positives. Les organisations du crime organisé et les cartels de la drogue ont profité de la mondialisation pour atteindre leurs objectifs pernicieux. L'Internet leur permet d'étendre à la terre entière leurs activités de fraude par marketing, d'exploitation de personnes et de cybercriminalité. Il existe des risques d'épidémies mondiales; comme le Canada l'a constaté plus tôt pendant cette décennie, des maladies sévissant dans d'autres régions du globe peuvent devenir une menace pour nous. Plus inquiétant encore, les événements du 11septembre 2001 nous ont prouvé que le terrorisme était maintenant un problème d'envergure non pas nationale ou régionale, mais internationale.
Préparation à la mondialisation : les rudiments
Nous devons tout d'abord nous demander qu'est-ce que tout cela signifie pour les entreprises canadiennes et les politiques publiques canadiennes? Il faut se rappeler que la mondialisation n'est pas un phénomène nouveau; ce qui l'est, c'est son omniprésence et son intensité. Comme C.D.Howe l'a observé au début des années 50, «l'avenir du Canada dépend dans une large mesure du maintien d'une économie souple et adaptative. S'il y a bien lieu de croire que le meilleur reste à venir, le progrès ne sera pas automatique. Les dirigeants du monde ne se préoccupent pas de satisfaire les besoins des Canadiens ».
Cette vision perspicace d'hier est essentielle aujourd'hui. Howe ainsi que d'autres, notamment Lester B. Pearson et Bob Bryce, comprenaient mieux que la plupart des gens de leur génération les possibilités et aussi les défis que représentait la mondialisation naissante.
Ils comprenaient aussi que les institutions internationales devaient contribuer à établir les règles du jeu, et le Canada a joué un rôle clé dans la création d'institutions clés comme le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, les organismes des Nations Unies, l'OTAN, le GATT et l'OCDE. Cette architecture internationale est encore presque identique aujourd'hui, malgré les divers événements tragiques intervenus au cours des 60 dernières années.
Mais revenons au début des années 1990. Sur la scène internationale, avec la chute du mur de Berlin et, en quelque sorte, de la Grande Muraille de Chine, les grands historiens ont proclamé rapidement la «fin de l'histoire», la victoire des systèmes axés sur le marché et des dividendes durables de la paix. La réalité d'aujourd'hui, toutefois, est que l'histoire a prouvé sa durabilité, que capitalisme d'État n'égale pas capitalisme de marché et que la paix, bien qu'on lui ait donné des chances, demeure d'une fugacité frustrante. Dans la foulée des diverses crises financières internationales dans les années 90, on a commencé à se demander si l'architecture internationale était à la hauteur en cette ère de la mondialisation.
Le Canada a lui aussi eu des problèmes de ce type pendant les années 1990. Un signal d'alerte a été l'éditorial du Wall Street Journal de janvier1995 intitulé Bankrupt Canada? qui affirmait que le Mexique n'était pas le seul voisin des États-Unis qui frôlait l'abysse financier. Le Canada était lui-même devenu membre honoraire du tiers-monde. Au même moment, au Canada, des commentateurs publics s'inquiétaient d'un exode des cerveaux en raison de la faiblesse du dollar, de la chute des marchés boursiers, des profits très bas, des taux d'intérêts élevés et de la dette faramineuse de l'État. En bref, on dépeignait un Canada plutôt mal en point.
Or, la résilience du Canada à laquelle C.D. Howe avait fait allusion s'est confirmée de nouveau. La prise de mesures rigoureuses a permis de transformer les déficits financiers en excédents; l'amélioration de la compétitivité sur les marchés a permis de dégager une balance commerciale excédentaire; puis les surplus ont permis des réductions d'impôt qui, elles, ont favorisé la réalisation de profits records (graphique 1).
Nos chances d'atteindre le nirvana sont minces, mais celles d'accomplir des progrès sont certaines.
Faire face à la mondialisation : le défi d'aujourd'hui
Ces tendances à l'amélioration se sont poursuivies jusqu'en 2007. Ainsi, notre dollar sous la barre des 70 cents s'échange aujourd'hui à parité et même plus. Les coefficients de capitalisation des bénéfices dépassent les niveaux américains, et les taux d'intérêt à long terme sont plus bas. Les taux de profit des entreprises sont aujourd'hui plus élevés au Canada que chez nos voisins du Sud, et les taux d'imposition de celles-ci prévus par la loi sont maintenant bien inférieurs comparés aux niveaux américains. Le Canada, jadis le deuxième pays le plus endetté du G7, est maintenant le moins endetté. En outre, nos créances étrangères nettes sont quasi au point d'équilibre, alors que les États-Unis s'approchent rapidement des niveaux qui étaient ceux du Canada au milieu des années 90 (graphique 2).
Qu'en est-il des entreprises canadiennes? Bien que le revenu national nominal (PIB) ait augmenté de 75% depuis 1997, les profits des entreprises ont bondi de presque 140%. Sur le plan de leur valeur marchande, les 25 entreprises inscrites au TSE/TSX ont vu leur valeur augmenter de 275% depuis 1997, alors que l'indice lui-même a connu une hausse générale robuste de 170%. L'économie canadienne bénéficie depuis longtemps d'investissements étrangers qui lui ont donné accès à des technologies de pointe, à de nouveaux produits et procédés et à des marchés mondiaux. Pour la première fois au cours des dix dernières années, les entreprises canadiennes ont investi davantage à l'étranger que les entreprises étrangères ont investi au Canada, faisant du Canada un exportateur net d'investissements directs à l'étranger de l'ordre de 67milliards de dollars. Dans cette cohue d'entreprises qui achètent et se font acheter, qui prennent de l'expansion, qui concluent des contrats et qui investissent, StatistiqueCanada signale une hausse du nombre de sièges sociaux et d'emplois dans les sièges sociaux au Canada depuis 2000 (graphique 3).
Outre ces développements positifs, des préoccupations demeurent. Par exemple, en écho à des inquiétudes exprimées il y a une décennie dans le monde des affaires, on craint un exode des entreprises canadiennes. On craint notamment que le Canada soit en train de perdre des centres de décision clés et, de façon plus générale, que les entreprises canadiennes perdent leur avantage concurrentiel sur la scène internationale. Ces enjeux sont importants et doivent reposer sur un solide fondement factuel et analytique pour faire l'objet de débats publics. Pour fournir ce contexte et aider à cerner les questions stratégiques, le gouvernement du Canada a mis sur pied un groupe d'étude composé de Canadiens de renom. Le Groupe d'étude sur les politiques en matière de concurrence, présidé par M.L.R.Wilson est en effet chargé d'examiner les politiques du Canada en matière de concurrence et d'investissement pour s'assurer qu'elles fonctionnent efficacement dans le marché mondial d'aujourd'hui.
Qu'en est-il des marchés du travail au Canada? Eux aussi sont touchés par la mondialisation. Des travailleurs très qualifiés (des chercheurs, des courtiers en valeurs mobilières, des spécialistes en TI ou des travailleurs de l'industrie pétrolière) travaillent maintenant de plus en plus dans des marchés du travail mondiaux plutôt que régionaux ou nationaux. Les pays rivalisent de plus en plus pour trouver des travailleurs qualifiés. En outre, beaucoup, y compris la Chine, feront bientôt face à des défis démographiques liés au marché du travail, étant donné le déclin de la proportion de leur population en âge de travailler, ce qui aggravera les pénuries de main-d'œuvre (graphique 4).
Les marchés du travail canadiens traversent une période de changement fondamental. Après des décennies où l'offre de main-d'œuvre a été nettement supérieure à la demande, nous sommes récemment entrés dans une ère qui s'annonce durable et où la demande de main-d'œuvre est cette fois supérieure à l'offre. Le taux de chômage actuel n'a jamais été aussi faible depuis 35ans et la hausse de l'emploi à venir sera vraisemblablement davantage restreinte par l'offre que par la demande. Pour diverses raisons, entre autres la démographie, la nature changeante de notre économie et la demande mondiale de ressources naturelles, il pourrait s'agir d'un virage majeur qui ne serait pas sans conséquences pour nous tous : enseignants, travailleurs, étudiants, gens d'affaires et décideurs. La croissance ralentie de l'offre de main-d'œuvre et la transition vers une économie davantage axée sur le savoir, nécessiteront une main-d'œuvre plus scolarisée et mieux qualifiée. Les entreprises, les travailleurs et les établissements d'enseignement doivent être à la fine pointe de cette transition (graphique 5).
Qu'en est-il de l'innovation canadienne? L'innovation est au cœur même de la compétitivité mondiale. Que vous préfériez la définition de l'OCDE, soit «de nouveaux produits, processus de travail et changements organiques qui créent la richesse ou le bien-être collectif» ou celle de Joseph Schumpeter, qui allègue que «sans innovation, pas d'entrepreneurs, et sans réalisations par des entrepreneurs, pas de rendement capitaliste et pas de moteur du capitalisme», le message demeure le même. La réussite dans la quête sans fin de nouveaux produits, de nouveaux processus de travail et de nouveaux marchés mondiaux sera déterminante pour la compétitivité future du Canada sur la scène internationale et le niveau de vie des Canadiens. Un innovateur bien connu, Henry Ford, a bien saisi l'essence de la nature perturbatrice de l'innovation en disant : «Si j'avais demandé à mes clients ce qu'ils voulaient, j'aurais fabriqué un cheval plus rapide.»
En ce qui concerne l'innovation, les récents résultats du Canada sont mitigés (graphique 6). Il y a eu une augmentation rapide de l'investissement public dans la recherche et développement, ainsi que des innovations institutionnelles dans notre façon de faire, comme la Fondation canadienne de l'innovation et le Programme des chaires de recherche du Canada, mais l'investissement privé en recherche et développement est considérablement à la traîne de nos concurrents internationaux. Nous devons faire mieux pour rivaliser avec les autres pays en visant davantage l'excellence, la concentration de nos efforts de recherche et développement dans les secteurs stratégiques, ainsi que la commercialisation accrue de nos recherches. Aussi, comme l'investissement des entreprises canadiennes dans la recherche et développement vient seulement au 15erang du classement des pays de l'OCDE, il est primordial que celles-ci participent davantage à l'innovation.
Qu'en est-il de l'empreinte économique du Canada à l'échelle internationale? Elle est plus grande que les Canadiens ne le croient parfois, avec une économie qui s'élève à 1,5billion de dollars, le deuxième plus haut niveau de vie au sein G8 (et le 8e parmi les pays de l'OCDE) et de vastes réserves de ressources naturelles, notamment de pétrole et de gaz, dans une économie mondiale en constante croissance. Notre pays est aussi adjacent et intégré à l'économie la plus grande et la plus dynamique au monde. Cela dit, pour que nous puissions accroître ensemble notre prospérité, nous devons veiller à ce que notre frontière soit sûre et efficace. De plus, nous sommes une nation commerçante qui doit 36% de son PIB à ses activités commerciales. Néanmoins, après avoir été très tôt à l'avant-garde de la négociation d'ententes bilatérales de libre-échange et d'investissement, le Canada a pris du retard sur bon nombre de ses concurrents au cours des dix dernières années. Par exemple, le Canada n'a ratifié que cinq accords en la matière, alors que les États-Unis en ont conclu 20 et le Mexique 47.
Qu'en est-il de la fonction publique du Canada? D'abord et avant tout, elle est importante. Comme le dit explicitement le rapport de 2007 du Comité consultatif du premier ministre sur la fonction publique: «[…] dans le monde complexe et interconnecté d'aujourd'hui, une fonction publique qui fonctionne bien et qui est axée sur les valeurs est essentielle à la réussite de tout pays. En tant qu'institution nationale, une fonction publique de grande qualité et fondée sur le mérite fait partie de l'avantage comparatif du Canada et est essentielle à sa compétitivité dans l'économie mondiale. Elle aide aussi à assurer un fondement pour un gouvernement démocratique solide.»
Un grand renouvellement s'opère actuellement au sein de la fonction publique canadienne. En raison du jeu de la démographie, et du simple fait que le dernier renouvellement majeur date de plus de trente ans, de nombreux fonctionnaires, surtout des cadres supérieurs, peuvent prendre leur retraite dès maintenant ou dans quelques années. Nous devons profiter de ce renouvellement pour attirer les Canadiens les plus doués et les plus brillants au sein de la fonction publique. Les citoyens doivent comprendre le rôle important que la fonction publique a toujours joué et doit continuer à jouer dans le succès continu qu'est le Canada.
Conclusion
Pour reposer ma question du début, à savoir comment réussir dans un univers mondialisé, je dois parler de l'Irlande où les entreprises, les travailleurs et l'État partagent un point de vue unique et commun sur la mondialisation. L'approche de ce pays est stratégique, ciblée et multidimensionnelle. Ses énergies sont concentrées sur ce dont elle aura besoin pour bien se positionner sur l'échiquier mondial, à savoir la compétitivité-coûts, une bonne infrastructure, l'innovation, l'entreprenariat et la capacité de gestion, une fiscalité attrayante et des services d'éducation de classe internationale. Un premier ministre irlandais a déjà prononcé cette célèbre déclaration à propos de l'approche irlandaise:«Cela fonctionne en pratique, mais est-ce que cela fonctionnera en théorie?»
Autre fait intéressant, après avoir analysé un éventail semblable de facteurs qui, selon elle, constituent la clé de la compétitivité mondiale moderne, l'Economist Intelligence Unit a récemment indiqué que le Canada affichera la quatrième position concurrentielle à l'échelle internationale au cours des cinq prochaines années.
Nous accomplirons assurément de grands progrès, mais nous n'aurons guère le temps de relâcher la garde.
Dans ce contexte, laissez-moi conclure mon allocution en vous faisant part de plusieurs réflexions sur la réussite du Canada sur la scène internationale:
Le Canada – ses entreprises, son gouvernement, ses universités et sa main-d'œuvre – doit réfléchir de façon stratégique et cibler son approche. Comme nous ne pouvons tout faire ni être partout, nous devons choisir nos actions et faire ce que nous faisons admirablement bien.
Les Canadiennes et les Canadiens doivent éviter d'adopter une perspective à trop court terme en ce qui concerne leurs stratégies d'entreprise. L'échéancier compte et le Canada doit faire face à cette concurrence mondiale à long terme. Comme le grand stratège Yogi Berra l'a déjà fait remarquer: «Si vous ne savez trop où vous allez, vous pourriez bien aboutir ailleurs.»
La grande force du Canada réside dans ses gens, leur respect de la règle de droit et des droits de la personne, leur volonté d'innover, leur entreprenariat et leurs valeurs qui les définissent ici comme à l'étranger.
Le Canada doit faire de l'excellence sa norme et son objectif. Il ne suffit tout simplement pas d'être «dans la moyenne», étant donné la qualité de nos compétiteurs.
Comme C.D. Howe l'a observé il y a un demi-siècle, la réussite du Canada dans l'économie mondiale n'est pas prédestinée. Toutefois, étant donné nos réalisations à ce jour, nos ressources et nos gens, le monde de demain regorge de possibilités que devons saisir.
Merci.
