Discours sur les droits de la langue française, Parlement du Canada-Uni

"...l'honorable député de Toronto qu'on nous a si souvent représenté comme un ami de la population française, a-t-il oublié déjà que j'appartiens à cette origine si horriblement maltraitée par l'acte d'union? Si c'était le cas, je le regretterais beaucoup. Il me demande de prononcer dans une autre langue que ma langue maternelle le premier discours que j'ai à prononcer dans cette chambre ! Je me défie de mes forces à parler la langue anglaise. Mais je dois informer l'honorables membre, les autres honorables membres et le public du sentiment de justice duquel je je crains pas d'en appeler, que quand même la connaissance de la langue anglaise me serait aussi familière que celle de la langue française, je n'en ferais pas moins mon premier discours dans la langue de mes compatriotes Canadiens-français, ne fût-ce que pour protester solennellement contre cette cruelle injustice de cette partie de l'acte d'union qui tend à proscrire la langue maternelle d'une moitié de la population du Canada. Je le dois à mes compatriotes, je le dois à moi-même."

Cité dans : Brunet, Michel, et al., Histoire du Canada par les textes, Montréal, Fides, 1956, page 170